Espaces tactiles [vol. 3] Porter

Matthieu Gaudeau (danseur et praticien de la Technique Alexander) et Romain Bigé (danseur et philosophe) proposent une série d’ateliers où se rencontrent danse et philosophie autour de la question de l’espace : depuis et dans quels espaces entrons-nous en contact avec les choses et avec nous-mêmes ? Le Contact Improvisation propose des réponses variables à cette question : il explore la surface de la peau, il propose le partage du poids entre les partenaires, il appelle à la prise en compte des mouvements des autres dans l’espace du studio. Les textes des philosophes nous permettent de traverser, d’interroger, ces représentations et se les approprier en mouvement.

Après deux séries d’ateliers consacrés à « la peau » et au « vertige », ce troisième volume des ateliers contact-philo se pose la question du geste de « porter ». Être porté, comme être touché, va chercher aux racines de la genèse de l’individu. C’est la première chose que la mère fait au petit être humain : elle le porte en elle, puis sur elle, et avec le relais de l’entourage, tous les premiers mois de la vie du nourrisson consistent à être porté et transporté dans l’espace. Cette fonction phorique de l’entourage, qui m’aide à trouver ma posture (c’est-à-dire aussi bien ma place) étant enfant, est remise sur le parquet de danse par le Contact Improvisation.

Porter, on le comprend, ce n’est donc pas seulement porter le corps de l’autre aux nues : c’est offrir un soutien, à la fois physique et attentionnel, à son activité. Dans le vouloir porter, il y a de nombreuses prises de position : aider l’autre, prendre en charge son autonomie, vivre de cette joie singulière du parent qui balance son enfant dans les airs… Sans en épuiser aucune, nous nous poserons la question de ce que nous supportons dans le porté : qu’est-ce qui, au travers de la masse, est soutenu ? Et inversement, nous chercherons à établir ce qui nous soutient quand nous portons : quelles structures, tactiles, pondérales, osseuses, mais aussi perceptives et affectives, permettent de soutenir l’autre pour qu’il aille voir les airs ?

Quelques auteurs envisagés : Hubert Godard, Donald W. Winnicott, Maurice Merleau-Ponty, Erwin Straus…

« Le terme de « maintien » (holding / fait de porter) est utilisé pour dénoter que l’on porte physiquement l’enfant, mais il désigne aussi tout ce que l’environnement lui fournit antérieurement au concept de vie commune. (…) Le maintien protège contre les dangers physiologiques ; tient compte de la sensibilité de la peau de l’enfant… ; comprend toute la routine des soins jour et nuit (…) ; s’adapte aussi jour après jour aux changements infimes dus à la croissance et au développement, changements à la fois physique et psychologiques. (…) Dans « maintien », il y a surtout le fait qu’on tient physiquement l’enfant, ce qui est une forme d’amour. »

Donald W. Winnicott (psychanalyste)

« La théorie de la relation parent-nourrisson » (1960)

Informations pratiques

Quand ? Le dimanche 18 décembre 2016, de 10h à 17h (pause-repas de 13h à 14h)
Où ? A Faun-Arts, 4 rue Gutenberg 93100 Montreuil (Métro Robespierre)
Pour combien ? 60€ pour les 6h d’atelier / 55€ tarif réduit (chômeur.euses, étudiant.es, intermittent.es)
Comment réserver ? Par email à ateliers.lolm@gmail.com

Bios

Matthieu Gaudeau travaille comme interprète depuis une quinzaine d’années dans divers collectifs et compagnies de spectacles vivants. Sa vision et son enseignement du Contact Improvisation sont nourris par la Technique Alexander dont il est praticien. Depuis deux ans, il poursuit un travail somatique auprès de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer : ce qui a profondément modifié ma vision du corps et l’apprentissage du mouvement volontaire. Comment passer du mouvement au geste ?

Romain Bigé est professeur agrégé de philosophie et danseur. Il écrit en ce moment une thèse intitulée Le partage du mouvement (dir. Renaud Barbaras, ENS-PSL*) dédiée à une poétique des gestes du Contact Improvisation et à l’investigation parallèle du concept de mouvement dans la philosophie contemporaine (phénoménologie et bergsonisme). Il aime rouler par terre.

Share This