Attentionographies : les danses de l’attention


Attentionographies : les danses de l’attention samedi 28 octobre de 17h à 20h30 au Carreau du Temple.

avec Romain Bigé et Matthieu Gaudeau

(Qu’est-ce qu’une conférence-atelier ?)

Une conférence-atelier c’est un.e conférencier.e et un danseur ou une danseuse qui partagent un espace pour penser et bouger. Ça dure trois heures et demie et voilà ce qui s’y joue : une idée est partagée avec des mots, puis une mise en mouvement nous la font descendre dans les articulations, ouvrant sur un espace de danse improvisée et collective qui est l’occasion de tester ces idées et ces mouvements, pour nous-mêmes et avec les autres.

(Qu’est-ce qu’une attentionographie ?)

Chorégraphier cela veut dire : écrire des mouvements.

Attentionographier cela veut dire : écrire les mouvements de l’attention.

Une multitude de choses, de situations, d’êtres nous chorégraphient : nos objets, nous-mêmes, les autres, nos lois délimitent pour nous des mélodies gestuelles, des ritournelles, des manières de faire. Les philosophes Deleuze et Guattari ont appelé cette puissance de structuration « appareil de capture ». Une prison est un tel appareil de capture : elle contraint les gestes des hommes et des femmes qu’elle enferme. Mais un outil est aussi un appareil de capture : il détermine pour moi un certain nombre de gestes, il vient avec son mode d’emploi. Un verre me contraint à un certain nombre d’actions plutôt que d’autres, il « m’invite » à des gestes, et même s’il ne m’en interdit en apparence aucun, il se présente comme une constellation de possibilités qui sont telles qu’elles effacent, répriment les plus saugrenues.

En un sens, le travail des chorégraphes est de défaire et de refaire ces chorégraphies permanentes qui nous articulent au monde en faisant bégayer nos mouvements capturés.

Imaginons ou plutôt affirmons que parallèlement les choses, les personnes, les lois contraignent non pas seulement nos gestes, mais encore avec eux la manière dont notre attention navigue dans le monde, qu’ils nous attentionographient. Les yeux de nos congénères, par exemple, attirent irrésistiblement notre attention, certaines couleurs vivent, certains rythmes de la parole, de même nous orientent. De nombreuses technologies s’appuient sur ces phénomènes et proposent un « design attentionnel » qui vise à capturer notre attention à des fins commerciales ou managériales, exerçant un contrôle non pas sur nos mouvements mais sur ce sur quoi nous portons notre attention.

Disons qu’il y aurait un métier parallèle à celui de chorégraphe : celui d’attentionographe, dont la fonction serait de défaire et de refaire ces attentionographies permanentes qui nous lient aux choses et aux autres.

La proposition, pour cette conférence-jam sera la suivante : regarder certaines pratiques d’improvisation (le Contact Improvisation, les Tuning Scores, le butoh…) comme de telles attentionographies et donner des outils conceptuels pour les décrire et les penser.

Et une fois qu’on aura dit tout ça : bouger ensemble, tenus, soutenus par une pratique somatique (la technique Alexander) et une forme d’improvisation (le Contact Improvisation). Et, naviguant à l’intérieur de ces deux espaces, se donner un support pour comprendre, collectivement, comment retravailler et étudier les mouvements de nos attentions.

(Qui sont Matthieu Gaudeau et Romain Bigé ?)

 

Romain Bigé est professeur agrégé de philosophie et danseur. Il écrit en ce moment une thèse intitulée Le partage du mouvement (dir. Renaud Barbaras, ENS-PSL*) dédiée à une poétique des gestes du Contact Improvisation et à l’investigation parallèle du concept de mouvement dans la philosophie contemporaine (phénoménologie et bergsonisme). Il aime rouler par terre.

Matthieu Gaudeau travaille comme interprète depuis une quinzaine d’années dans divers collectifs et compagnies de spectacles vivants. Sa vision et son enseignement du Contact Improvisation sont nourris par la Technique Alexander dont il est praticien. Depuis deux ans, il poursuit un travail somatique auprès de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer : ce qui a profondément modifié ma vision du corps et l’apprentissage du mouvement volontaire. Comment passer du mouvement au geste ?

 

(Informations pratiques.)

Où ? Au Carreau du Temple (Paris), studio de Flore (entrée : 2 rue Perrée, 75003).

Quand ? Samedi 28 octobre de 17h à 20h30.

Pour combien ? Entre 25 et 20€ (selon les poches) les trois heures et demie.

Habillé comment ? Il s’agit à la fois d’une conférence et d’un atelier de danse. Des vêtements confortables sont conseillés pour les deux étapes.

Avec qui ? Cette conférence-atelier est organisée par L’œil et la main.

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